Annecdotes!
Voici quelques petites anecdotes qui m'ont effrayé ou amusé et, dans un certain sens, qui ont fait de moi ce que je suis devenu.
Certaines d'entre elles me sont arrivées personnellement, d'autres m'ont été racontées. Je soulignerai la différence au cours de mes narrations.
Je pourrai commencer par:
"Il était une fois...
Et bien, il était une fois, cela se passait à Bernay, dans l'Eure, je devais à peine avoir dix ans et j'avais eu, exceptionnellement, le droit d'aller au cinéma le soir... tout seul, et en vélo. Le film, dont je ne me souviens plus du titre, était passé au Rex, l'un des deux cinémas de Bernay, l'autre étant le Piaf, apparemment Edith y serait passé. J'étais avec mon meilleur ami de l'époque, Alain G. et cela avait l'air de nous avoir plu. J'ajoute maintenant qu'il ne s'agissait pas d'un film d'horreur, à l'époque, je ne pouvais pas les regarder tant j'étais trouillard. La séance terminée, je sors avec mon pote, et nous rentrons chez lui, cela me paraissait évident puisqu'il résidait plus près du cinéma. De là, tout naturellement, je lui dis au revoir et je repars chez moi. Alain habitait rue Viret, dans la ville, mes parents résidaient dans une nouvelle citée pavillonnaire, route de Pont Audemer, jouxtant la nouvelle gendarmerie de Bernay. De la rue Viret à chez moi, je devais grimper une fausse pente, nommée chez nous, "la côte de Pont Audemer". Ca ne parait rien, mais il fallait pédaler. La route était très bien éclairée, c'est un grand axe à Bernay, et c'est l'extrémité de la ville, après, il n'y a plus rien sur plusieurs kilomètres.
Lorsque je quittais Alain et la rue Viret, je ne pensais pas à ce que j'allais rencontrer. La « Côte de Pont Audemer » passe juste devant l'entrée du cimetière Sainte Croix, mais il fait tellement clair que personne n'a peur. Je ne pensais pas au cimetière lorsque je grimpais cette fausse pente, pourtant, en arrivant devant le portail de ce site, j'eue une des plus grosses peurs de ma vie...
J'étais courbé sur mon vélo, forçant sur les pédales, lorsqu'un grincement me fait relever la tête...
Ce qui me semblait être un homme fit irruption par la porte du cimetière et, les bras en croix, me barra la route pour m'empêcher de poursuivre mon chemin. Je n'étais qu'à dix pas de lui, j'ai croisé son regard et, aussi vite que mon corps me l'a permis, j'ai fuis!
L'homme était vêtu de noir, il portait une grande cape dont la face interne était rouge, il n'a rien fait d'autre que se mettre devant moi, il n'a pas cherché à m'attraper, il ne m'a pas parlé...
Je suis retourné chez Alain, mais prétextant la fatigue, ce dernier n'a pas voulu me raccompagner, il faut avouer que le courage n'était pas une vertu primaire chez Alain. Je suis donc repartis avec le peu de courage qu'il me restait, et j'ai retenté le passage... mais IL était encore là! J'ai essayé trois fois, puis je suis redescendu vers la ville sachant pourtant qu'à cette heure, je ne trouverai personne.
Pourtant, un magasin était éclairé, c'était un marchand de peinture et de papier peint, l'homme faisait son inventaire.
Ce brave homme n'a peut-être pas cru à mon histoire qui, je le jure, est totalement réelle, mais il nous a ramené, mon vélo et moi, jusque chez mes parents...
L'histoire en est restée là et je l'aurais peut-être oublié si...
Je suis arrivé en Bretagne en 1998, je ne cessais de faire des allés et retours en Normandie afin de pouvoir rencontrer et passer un peu de temps avec mes enfants, c‘était juste après ma séparation. Je voyageais la nuit pour plus de tranquillité et, qui plus est, j’aime la nuit.
La vie a fait que je rencontre Cécile et que nous nous unissions pour former une plus grande famille encore. Mais cela ne m'empêchait pas d'aller et venir en Normandie et c'est une nuit, j'arrivais sur Rennes et comme partout les villes sont truffées d'îlots directionnels (de ronds-points), très largement illuminés par ces lampadaires aux éclats orangés qui gênent plus souvent les conducteurs qu‘autre chose. Sur l’un d’eux, des mannequins peints, en contre-plaqué, annonçaient une fête comme il y en a beaucoup en Bretagne. Caché par une de ces modestes sculptures, par-dessus une épaule de bois, quelque chose attira mon attention. Un homme s’était dissimulé et je remarquais très nettement sa tête aux yeux étranges qui me fixait. Je l’ai reconnu aussitôt, il n’avait pas changé, à croire que le temps s’était écoulé sur lui sans le pénétrer.
J’ai passé le rond-point, je me suis arrêté. Cécile qui, comme les enfants, dormait durant le trajet, m’a demandé ce que je faisais. Je suis revenu sur mes pas, j’ai observé la scène peinte, mais je n’y ai vu que des statues qui souriaient d’un air de fête…
Ce que j’avais vu n’était autre, je le jurerai, que le mystérieux inconnu du cimetière Sainte Croix qui me rappelait qu’IL ne m’oubliait pas… mais pour faire quoi? Je ne le sais pas encore.
D’aucun diront qu’il s’agissait certainement d’une hallucination, peut-être due à la fatigue de la route… mais personnellement, je jurerai que je l’ai bel et bien vu!
Lorsque je travaillais dans la sécurité, comme je l’ai fait remarqué en première page, il m’arrivait souvent d’aller sur des sites un peu sordides. Je devais avoir vingt cinq ans, je n’avais plus peur du noir ni des films à sensations, j’étais hardi (un peu trop peut-être) et j’avais toujours quelque chose à prouver, à moi ou aux autres.
J’étais Brigadier chef et j’avais sous mon autorité une escouade de huit personnes, ACCD, Agent Conducteur de Chien de Défense. Nous avions des secteurs différents et nous patrouillions, seul en compagnie de nos chiens, chacun dans notre coin, mais sur un simple appel radio, nous pouvions nous réunir assez rapidement. Sur certains sites, selon la demande du client, nous pouvions nous retrouver à plusieurs ou nous croiser pour augmenter le temps de surveillance.
Je travaillais en binôme avec Orka, un gros chien de soixante dix kilos qui avait reçu plusieurs prix de bonne éducation (je préfère ce mot à « dressage »). Manque de chance, à force d’être trimballés dans nos véhicules d’intervention, les chiens qui ne s’allongeaient pas durant les trajets, comme Orka, finissaient par avoir de graves problèmes d’articulations et c’est ainsi que ma bête s’est trouvée atteinte d’un cancer des os au niveau de sa hanche gauche. Orka était donc en arrêt et je la laissais à la maison, travaillant seul à l’insu de mes clients.
Cela se passait en région Parisienne et l’une de mes missions était d’effectuer, deux fois par nuit en compagnie de Marc L., un collègue, une ronde de sécurité dans les caves d’un grand hôpital dans lesquelles étaient situées les morgues. C’était un couloir de trois mètres de large environ, un tunnel devrais-je dire, tout en voûte, que des néons placés tous les quinze ou vingt pas éclairaient d’une note plus que blafarde. Cette galerie était faite en quatre lignes droites de plusieurs centaines de mètres qui formaient un carré sous tout le périmètre de l’énorme bâtiment. De chaque côté de ce couloir, des portes s’ouvraient sur des salles diverses comme des réserves, des pièces de rangement et aussi… des salles de morgues. Les portes avaient été cadenassées mais nombre d’entre elles avaient été forcées et les agents de nuits de l’hôpital, infirmières, aide soignants… n’osaient plus y descendre, et pour cause..;
Des cadavres étaient continuellement déplacés ou volés! Des « gens » s’amusaient avec les corps entreposés dans les tiroirs froids de ces lieux de respect!
C’était l’hiver, il neigeait, j’étais entré avec dans la cour de cet hôpital et je me trouvais du côté de la gériatrie. Ce complexe était tellement grand qu’on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une ville dans la ville. Je sillonnais les allées en attendant mon collègue que je ne tardais à rencontrer et nous discutions avant de descendre dans les caves lorsqu’une voix attira notre curiosité. Il devait être deux heures au moins, les flocons tombaient abondants sur un tapis blanc épais de dix centimètres déjà et une femme octogénaire courait nu dans notre direction en suppliant du secours. Je me souviens de ses mots comme si cela c’était passé hier: « Au secours! Aidez-moi, je vous en prie, ne les laissez pas me reprendre! Je ne veux plus aller là-dedans! »
Elle tenait à peine debout, elle avait les mollets et les pieds bleus, les lèvres et les narines pincées et du givre et de la neige sur ses fins cheveux blanchis par les années.
Nous n’avons pas réellement eu le temps de réagir, du personnel en blanc est arrivé et la seule chose que nous avons pu savoir est « qu’elle s’était échappée depuis un moment… »
J’avouais à Marc que cela ne commençait pas réellement bien, mais le talkie-walkie me coupa, une demande de renfort était demandée. Je laissais Marc partir, car je le savais peu enclin à effectuer cette ronde de sécurité seul et je me rendais au sas où je devais émarger ma présence. Dans le couloir, juste derrière un rideau, l’éclairage vacillant de bougie m’annonçait que le funérarium était occupé. En effet, quelques bouquets de fleurs veillaient pour une nuit les corps de deux personnes qui attendaient leur transfert vers leur dernière demeure dans un costume de sapin vernis aux poignées exagérément brillantes. J’empruntais l’escalier qui descendait sur les « caves », non sans une pensée émue pour ma petite fuyarde de tout à l’heure et me demandant comment on traitait ces gens qui n’attendent plus de la vie que la mort?…
Si je me souviens bien, il y avait plus de trois kilomètres de marche, mes pas résonnaient très loin sous les voutes et je ne rencontrais que très rarement du monde mis à part, bien entendu, les cadavres qui avaient été déplacés pour des jeux innommables et plus qu’irrespectueux. Je ne comptais plus sur mon carnets les portes défoncées et les néons éclatés, j’étais là seulement pour tenter d’attraper, ou au moins d’effrayer, les vandales qui terrorisaient l’endroit.
Je ne sais pas depuis combien de temps je marchais mais en passant devant une colonne qui montait en voute et qui formait un petit renfoncement à sa base, je sentais mes poils se hérisser. Là, sur ma gauche, à un mètre de moi, un corps raide comme une lance ouvrait de grands yeux qui me semblaient vitreux et vide. Ce n’était pas une première, mais ce sont des choses auxquelles on ne s’habitue pas.
C’était un homme grand et maigre, très maigre, ses côtes saillaient en un sorte d’accordéon sur une taille qui aurait attisé la jalousie de beaucoup de femmes. Il était torse nu et portait (ce qui aurait du me mettre la puce à l’oreille) un pantalon de pyjama raillé bleu et blanc. Je regardais ce corps sans vie dont la raideur avait permis à ses kidnappeurs de l’entreposer dos contre le mur, je secouais la tête dégouté et sortais mon calepin pour y inscrire le numéro des portes adjacentes afin d’envoyer quelqu’un le récupérer et « le ranger ». Je n’osais croiser ces grands yeux ouverts, les yeux des morts sont des choses qui m’ont toujours angoissé, je ne sais encore dire pourquoi. L’opération n’avais pas du prendre plus d’une minute, je rangeais mon carnet et d’un signe de tête respectueux, prenais congé de ma tris te découverte qui à cet instant a bien failli faire exploser mon cœur en répondant un « Bonsoir Monsieur! » qui me tétanisait littéralement en me laissant quelques secondes paralysé.
Je regardais sans comprendre, me disant que je travaillais trop et que je devais faire un break si je ne voulais pas devenir fou, et que d’ailleurs, c’était déjà bien parti, lorsque l’homme déplia un long bras décharné pour me tendre amicalement une main aux doigts squelettiques…
Je ne sais pas combien de temps j’ai mis à réagir, mais j’ai fini par attraper cette main, plus par automatisme que par envie, et j’ai pu me rendre compte que ce corps n’était pas si froid qu’il aurait du l’être.
Tout c’est remis en place, lentement, et après de plates excuses, j’ai ramené cette homme, un pensionnaire égaré, à l’étage pour qu’il retrouve sa chambre.
Dans leur tiroir glacés, les morts étaient nus et ne portaient pas de culotte rayées de bleu, c’étaient les pensionnaires qui les revêtaient. De plus, les corps étaient étiqueté.
C’est vraiment une des plus grosses frayeurs de ma vie, et pourtant, il s’agissait d’un rien, le contexte, les circonstances et mon imagination ont fait le reste.
Pour l’information, nous avons réussi, quelques temps plus tard, à interpeller et démanteler le gang qui jouait avec les corps de cet hôpital, il s’agissait d’un nombre impressionnant d’individus tous sexes confondus et dont les âges variaient de treize à dix sept ans!
Lorsque j’avais seize ou dix sept ans, après ma longue hospitalisation de l’accident du 15 février 1976, je traînais à Bernay et dans ses faubourgs avec une bande de pauvres gars, qui comme moi, se posaient des questions sur leurs identités, leur avenir et leur devenir. Nous avions un look que nous croyions à part, blousons de cuir noir bardés de chaînes, un œil maquillé (nous avions du voir ça dans un film, « Orange Mécanique » je crois), les cheveux rasés ou à la TAP (Troupes Aéro-Portées) un peu à la Mohican. Nous n’aimions pas les « punks » sans réellement savoir qui ils étaient, en fait, nous n’aimions pas grand chose mis à part les provocations, la bagarre et le fait de raconter, de re-raconter, de rere-raconter nos faits d’arme, enjolivés à chaque narration. Nous avions élu domicile chez mon ami Alain G. qui résidait avec son père (qui payait juste le loyer mais qui n’était jamais là) au rez-de-chaussée du bâtiment « les Mouettes » sur la ZUP. Le noyau dur de la bande c’était Alain, Olivier T., Marc M. et moi. Le reste, selon le jour, était des gars de la citée ou de la ville qui n’avaient rien d’autre à faire qu’à nous suivre.
Nous nous croyions des durs, interdits au bal, dans certains magasins, à la sortie des écoles… mais nous n’étions que des paumés… oui, « la bande des Paumés » aurait été un nom qui nous aurait sied à ravir.
Le petit problème, c’est qu’une bande unie comme elle l‘était, reste une bande vingt quatre heures sur vingt quatre. Pour dormir, nous avions résolu le problème puisque l’appartement de Alain était vide, mais il fallait manger!
Nous étions des loubards, mais nous étions loin d’être des méchants. Je m’explique, nous nous affrontions entre bande, mais pour rien, un regard de travers, une parole de trop, intéresser un nana… mais jamais nous nous en sommes pris à quelqu’un pour le dépouiller, si nous avons dérobés des objets comme des vélos ou autres dans les caves, nous ne les vendions pas, nous les donnions aux gosses de la cité! Nous n’avons jamais touché à la drogue de quelque sorte que ce soit… bref, nous n’avions aucun revenu et pourtant, nous mangions tous les jours (ou presque!). Les quelques sous que certains parvenaient à chiner à leurs parents étaient rares et disparaissaient plus que rapidement. C’est donc là que « L’Ange Noir » (et oui, c’était mon surnom à l’époque, on fait ce qu’on peut!) a décidé les expéditions nocturnes!
Nous partions donc le soir très tard pour aller « chasser » notre pitance. Quelles aventures je vous le dis. A ces heures noires, mi-comanche mi-blouson noir, nous pénétrions dans les fermes des faubourgs, Courbépine, Saint léger, Courcelles… afin de substituer une poule, un lapin ou un canard pour satisfaire nos appétits. C’est aussi à cette époque que nous avons appris à nos dépends que les lapins pouvaient mordre, que les canards étaient plus que rapides lorsqu’ils avaient peur, que les poules savaient faire un raffut du diable, que les fermiers avaient le sommeil léger et que les plombs des fusils de chasse sifflent réellement lorsqu’ils fusent autour de vous!
Mais ce n’était pas tout, il fallait ramener notre proie et… la tuer.
Ma première victime fut un canard que j’aie assommé d’un coup avant de l’allonger sur la table de la cuisine, le cou sur une planche à découper et armé d’un tranchoir qui n’avait plus de l’outil que le nom, j’ai frappé par trois fois, espérant à chaque coup que la tête allait se détacher. La tête n’a pas bougé mais l’animal est resté raide étendu. J’étais en train de désigner les « Plumeurs » lorsque la bête s’est remise sur ses pattes et a transformé la cuisine en capharnaüm! J’ai réussi à l’assommer de nouveau et, peut-être par pitié pour nous, le volatile a préféré rendre l’âme. Nous l’avons préparé sans entrain, nous l’avons fait cuire sur la plaque à deux feux, et oui, nous n’avions que ça, et nous l’avons… goutté. C’était dur, peu cuit et nous n’avions pas le cœur à ça, tous nous aimions les animaux mais à celui-là, nous ne lui avions pas bien montré, c’est le moins qu’on puisse dire.
Nous avons alors appris à cohabiter avec poules, lapins et canards, et les voisins qui nous adoraient ont certainement pensé que quelques poulets de plus ou de moins ne nous gêneraient pas et nous ont envoyé la police!
Nous sommes donc devenus végétariens et nos chasses se sont résumées à écumer les jardins que nous trouvions. Nous avons mangé des patates, des carottes, des haricots et des petits pois, de la salade, beaucoup de salade, mais aussi des choses innommables que nous appelions également salades mais qui n’en n’avaient ni le gout ni l’aspect… Quelle vie!
Et c’est à la fin d’un de ces étés mémorables qu‘il s‘est produit pas mal de petites choses plus insolites les unes que les autres.
Un soir, alors que nous partions « faire nos courses » en empruntant le sombre chemin du Bourg Lecompte, pénétrant silencieusement dans la nuit profonde et brumeuse, de petits claquements ont attisé notre curiosité.
Le dit chemin de pierre et de terre, non carrossable, démarrait de l’arrière « des monts », un endroit qui jouxte le cimetière Sainte Croix et peut fréquenté le soir en raison de l’obscurité qu’il règne entre les grands arbres. Le sentier longeait de loin la « Route de Pont Audemer » s’insinuant derrière la cité pavillonnaire, traversant un petit bois avant de la rejoindre à l’entrée des pépinières, à quelques trois ou quatre kilomètres de Bernay. Mis à part les enfants durant la journée, personne n’empruntait ce chemin, et surtout pas de nuit.
Pourtant, ce soir là, nous nous trouvions presque sur les monts lorsque nous avons cessé tous mouvements car quelque chose résonnait devant nous… il s’agissait de bruit de pas très pointus, comme si quelqu’un se promenait avec des talons aiguilles!
Le chemin était bordé de hauts talus boisés, nous nous sommes jetés dedans afin d’attendre et de voir qui osait braver ce territoire si hostile qui la nuit, était le notre.
Une femme est apparue… enfin nous n’avons vu d’elle qu’une longue chemise de nuit en voiles blancs, une paire de talons aiguilles et sa silhouette qui s’est stoppée, comme un fait exprès, juste à la limite de notre champ de vision. Après un petit moment de patience, comme rien ne se passait et malgré la retenu de mes potes qui me pinçaient le bras pour m‘arrêter, je suis redescendu sur la sente et j’ai fait un pas vers la silhouette qui n’a pas bougé mais que la brume semblait avaler peu à peu.
« Madame, tout va bien? On peut faire quelque chose pour vous? N‘ayez pas peur surtout…» Voilà en gros le genre de niaiseries que j’aie du débiter et j’ai recommencé à avancer. Un pas, deux pas… la femme (enfin je crois), a lentement fait demi-tour et a disparu dans la nuit ouatée. Mes amis m’ont rejoint et nous avons pris en chasse notre inconnue… mais à peine avions nous parcouru quelques mètres que les sons de pas ont cessé devant nous… pour reprendre derrière nous!
Le sentier devait faire trois mètres de large tout au plus et il n’y avait pas assez de brume pour pouvoir se croiser sans se voir, et à part Superman ou l’un de ses potes, je ne voyais pas qui était capable de passer au dessus de nous.
Cela s’éloignait en sens inverse… il était bien entendu impossible qu’il puisse s’agir de la même personne, pourtant…
La silhouette nous est apparue à plusieurs reprises, c’était bien celle que nous avions aperçu auparavant. Malgré nos efforts, nous n’avons pas réussi à la rattraper, Elle est restée une ombre dans l’ombre, apparaissant à l’orée de notre champ visuel pendant quelques secondes avant de disparaitre de nouveau. Elle nous a mené jusqu’à la petite forêt qui débouche sur la route de Pont Audemer… peut-être même qu’elle désirait que nous poursuivions plus loin, mais là, c’est moi qui ai stoppé. Ce bois là, nous ne l’apprécions pas vraiment… autre anecdote… moins drôle peut-être.
Comme souvent lorsqu’il nous arrivait quelque chose, nous n’avons pas été les seuls à être confronté à ce phénomène et plusieurs personnes ont commencé à parler de « la Dame Blanche » qui errait la nuit sur Bernay. L’histoire n’a pas perduré très longtemps, elle s’est éteinte d’elle-même, quant à moi, je n’ai jamais revu cette étrange inconnue.
En ce qui concerne cette bande boisé qui borde la Route de Pont Audemer, nous y allions jouer avec Alain lorsque nous étions enfants. En fait, j’ai connu Alain vers l’âge de six ans, lorsque je suis venu vivre dans la rue Viret, une ruelle où lui résidait et nous sommes devenus voisins. Alain, qui était de mon âge, avait un grand frère de cinq ou six ans son aîné, issu d’une première union, il s’appelait Dominique P., il était cinglé, au sens propre et au sens figuré, et il ne s’est pas arrangé en vieillissant bien qu’il n’ait pas vieillis très longtemps. Il piquait de grosses crises de folie, je l’ai vu une fois essayé d’embrocher sa mère avec un long couteau de cuisine, c’est mon père qui l’a stoppé.
Bref, étant donné son comportement, mes parents m’ont interdit de fréquenter Alain, ils ne voulaient pas avoir de rapport avec la famille G., une famille très modeste, plus modeste que nous et pourtant à l‘époque, ce n‘était pas toujours facile. Mais comme les interdits sont fait pour être bravés, Alain et moi nous ne sommes jamais séparés avant d’atteindre 17 ans.
Pour ne pas que l’on puisse nous remarquer, sous des prétextes quelconques, nous parvenions allègrement à nous éclipser, afin bien sûr, de nous retrouver plus loin, hors de danger! Et c’est ainsi que nous avons connu cette maudite forêt, la ZUP n’existait pas encore et la nouvelle gendarmerie venait d’être construite, c’était d’ailleurs le premier bâtiment que l’on trouvait au plus proche du bois.
Bon, un peu de sérieux, je ne vais maintenant pas raconter tout ce que je crois avoir vu, sinon, je risque de voir arriver chez moi des hommes en blanc qui tenteront le tout pour le tout afin de me mettre la camisole. En fait, bien que je ne mette aucunement ma parole en doute, je pense que je refuse encore de croire certaines choses… et c’est mieux ainsi. Voici donc ce qui peut, (peut-être!) resté admissible.
Ce fameux bois était coupé en deux par un sentier qui deviendrait plus tard le chemin du Bourg Lecompte. La partie Sud de la forêt était normale, il y avait des oiseaux, des hérissons, des lapins… quant à la partie Nord, bien qu’elle semble normale également, nous n’y entendions et encore moins n'y voyions des oiseaux ou tout autre forme de vie autre que végétale. Nous avions, Alain et moi, remarqué ce phénomène, bien avant qu’il nous arrive quoi que ce soit. Ce bois était vide et triste, et c’était pourtant là que nous jouions. Nous n’y avions jamais rien vu de spécial, mais l’atmosphère y était pesant, nous n’avions aucune difficultés à nous y faire peur, c’était d’ailleurs notre passe-temps favoris, et tout ce qui s’était passé, c’est-à-dire, rien de concret, j’admet que nous avons laissé notre imagination s’en donner à cœur joie…
Pendant des années nous avons joué dans ce bois, nous n’y avons que rarement amené des camarades et très peu d’entre ceux qui sont venus ont voulu y revenir. Je pense que nous n’étions pas les seuls à sentir la pression qui émanait de cet endroit.
Mais un jour, peut-être avions-nous douze ou treize ans, nous sommes arrivés comme d’habitude, nous avons traversé le chemin et nous nous sommes rendus sous « les chênes », trois gros arbres que nous avions nommé ainsi sans réellement savoir s’ils en étaient. Une cabane, que nous n’avions jamais vu, se dressait devant nous. Ce n’était pas une cabane de gamins, elle ressemblait plutôt à un refuge de trappeurs, un chalet, fait de gros rondins, quelque chose de structuré, qu’on ne pouvait à mon avis construire en quelques heures… pourtant, elle n’était pas là la veille!
Après un long moment d’observation, nous nous sommes décidés à bouger. La cahute était étrangement basse, nous nous sommes approchés et c’est là que nous avons découvert le charnier, à deux mètres à peine de la cabane. Je ne me souviens pas avoir senti une odeur quelconque, mais il y avait là peut-être vingt ou trente chats et chiens, entassés les uns sur les autres, apparemment raides morts. Alain a fait demi-tour et m’a attendu quelques mètres plus loin en me pressant de le rejoindre. Il a fallu que je rentre, ça a été plus fort que moi. C’était ouvert et je ne me souviens même plus si il y avait une porte ou non. Par contre, sur le sol en terre battue, il y avait un lit, ou ce qui lui ressemblait, et des étagères… des étagères remplies de boites de sucre…
J’ai entendu un bruit de feuillage, Alain s’est mis à couvert, je suis sorti en trombe et je me suis caché…
Nous sommes rentrés et nous avons raconté ça à nos copains. Quelques uns nous ont peut-être cru, d’autres ont fait semblant, mais quelques courageux ont désiré voir ça de leurs yeux. Nous y sommes retournés le soir même, avec toutes les précautions possibles, nous sommes entrés dans le bois, puis nous avons rapidement parcouru les quelques dizaines de mètres qui séparaient la lisière du refuge et… nous avons cherché! Pendant un long moment, nous avons cherché, faisant fi peu à peu de notre sécurité, nous énervant, mais rien! Nous n’avons rien retrouvé, pas de cabane, pas de charnier… tout était là comme si cela n’avait jamais été autrement, pas la moindre trace sur le sol, de la mousse et un peu d’herbe, rien qui aurait pu faire penser qu’un repaire tout en bois trônait là quelques heures auparavant!
Lorsque nous sommes rentrés, le fait de passer pour des menteurs ou même des imbéciles ne nous a pas contrarié outre mesure. Mais c’est le mystère de cette cabane qui a été le sujet de nos… pensées, car nous hésitions à nous en parler. Devenions-nous dingues? Nos imaginations pouvaient-elles créer ce genre de situation? Avions-nous alors réellement vu quelque chose là-bas?
Nous n’avons pas trouvé de réponse aussitôt car nous avons évité le bois durant un long moment. Mais celle-ci est venue seule, par une rumeur circulant dans Bernay.
Une jeune femme et son copain qui venaient d’arriver dans la région avaient décidé d’aller promener leur bébé. C’était un samedi après midi, encombré d’une poussette, ils avaient emprunté le chemin transversal avant de pénétrer dans le sous-bois. C’était horrifié que le couple avait rejoint le commissariat pour avouer la découverte d’un charnier énorme, plein de chiens et de chats, juste à côté d’une cabane. La police n’a jamais trouvé ni charnier ni cabane…
A proximité de l’endroit où avait trôné cette cabane, juste en face à quelques mètres, il y a un arbre, un chêne, et sur son tronc, il a une petite croix gravée au canif, car j’y suis retourné, et j’ai revu cette cabane. Une seule fois. Je ne me suis pas aventuré trop près, j’ai taillé l’arbre et je suis reparti… depuis, je n’ai jamais rien revu là-bas, sauf ma petite marque.
Revenons à l’époque de nos chasses végétariennes nocturnes, comme je l’ai précédemment précisé, il se passait pas mal de petites choses plus ou moins étranges. C’était souvent le soir, la nuit plutôt, et le temps était souvent similaire, sombre (pas de lune), brumeux, lourd… Nous étions toujours sur la ZUP, au rez-de-chaussée du bâtiment "les Mouettes", c’était d’ailleurs à l’époque, la dernière construction. S’étendait ensuite un grand espace herbeux avec un haut et large monticule de terre que nous avions transformé en terrain de cross. Nous appelions ce coin « La Zone » Puis il y avait des bois et après, on apercevait quelques toits des fermes alentours.
Nous étions noctambules et lorsque nous nous couchions, le soleil ne tardait plus à se lever.
Une nuit donc, nous devions avoir fini de discuter, peut-être était-il quatre ou cinq heures quand je décide d’aller me coucher. J’étais en compagnie d’une copine, Lydia D. que je fréquentais depuis un moment déjà et qui ne me quittait plus. Alain décrète alors d’aller promener son chien, Mickey, un bâtard noir et blanc d’une trentaine de centimètres de haut qui tenait plus de Rantanplan que de Rintintin. Il est vrai que son intelligence ne nous a jamais stupéfait bien que la notre ne volait pas bien haut!
Alain sort de l’appartement et, jeunesse oblige, je m’allonge près de Lydia sans avoir l’intention de dormir, toutefois, pas tout de suite. Mais brusquement, j’entend japper sous la fenêtre. Nu comme un ver je me lève, j’entrebâille le volet pour découvrir Mickey dans un état de nervosité qui ne lui était pas habituel. Je patiente quelques secondes en me tordant le cou afin d’apercevoir la silhouette de mon pote émergeant de la brume, mais rien ne se passe. Je file dans la salle à manger puisque ses fenêtres, contrairement à celle de ma chambre, donne vers l’arrière du bâtiment, vers la Zone.
Alain apparait enfin, essoufflé, ayant couru comme si sa vie en dépendait. Il m’explique qu’il était en train de marcher près de la butte, notre terrain de cross, et que d’un seul coup, un feu s’est allumé à moins d’un mètre de lui. Plus il reculait plus le feu diminuait. Mickey a aboyé, fait ultra rare, avant de fuir la queue entre les jambes.
Peut-être aurait-il s’agit d’une autre personne que Alain, j’aurais tenté de discuter. Mais là, je m’habille en hâte et je sors, toujours suivi de Lydia, pour aller me rendre compte par moi-même.
Nous sommes arrivés à quelques mètres de la butte, et comme s’il donnait un ordre, comme si cette étrangeté lui obéissait, Alain a tendu le bras et a simplement dit: « C’est là! »
Emanant du sol, des flammes ont jailli, contraignant les ténèbres et faisant danser les ombres. Je n’en revenais pas. Lydia s’est mise à hurler, le chien, qui était resté derrière, est reparti en toute hâte actionnant sa sirène interne, mais les flammes n’ont pas bougé. Il ne s’agissait pas d’un grand feu, peut-être un mètre de diamètre sur autant de haut, mais il paraissait jaillir de l’herbe, je ne voyait pas de braise ou de bois, rien de calciné. Nous étions à trois mètres environ et Alain m’a demandé de reculer, ce qu’il a fait en même temps que moi. Le feu a baissé d’intensité, nous nous sommes approchés, il s’est amplifié, comme si nos corps, ou nos présences, le commandaient.
J’ai du ramener Lydia dans l’appartement, elle pleurait à chaudes larmes et voulait rentrer chez elle. Sachant qu’elle ne tenterait pas de partir seule, je l’ai laissé avec Mickey, ils pourraient au moins se consoler mutuellement.
Je suis retourné à l’endroit qui attirait ma curiosité, je trouvais Alain étrange (je n’ai jamais su pourquoi), il était silencieux, et après le premier moment de frayeur, j’avais l’impression qu’il trouvait ce phénomène presque normal. Cette manifestation a eu lieu quatre ou cinq fois de suite, nous reculions jusqu’à l’extinction totale avant d’avancer de nouveau. Je sentais la chaleur du flambeau, pourtant, je m’en souviens pertinemment, j’étais certain que si je touchais les flammes, je ne me brûlerai pas. Je n’ai pas eu le temps de tenter l’expérience car le feu s’est brusquement éteint, ne laissant place à aucune fumée, aucune braise. Je me suis approché jusqu’à l’endroit, j’ai fouillé le sol herbeux sans ressentir la moindre chaleur, au contraire, ma main était trempée de rosée que j’ai humé afin d’être sûr qu’il ne s’agissait pas d’un produit inflammable quelconque. Il n’y avait rien, rien du tout!
Nous avons erré un moment avec Alain, recherchant une solution vraisemblable à notre affaire, et c’est Lydia qui nous a hélé, à peine visible dans la brume qui se levait, nous la distinguions derrière la fenêtre de la salle. Elle désignait quelque chose du bout du doigt. Visant sur sa trajectoire, au dessus de la brume, nous avons vu la cheminée de la première ferme des alentours, celle-ci brillait comme un soleil, elle était en feu! Pas un feu intérieur comme un feu de cheminée normal, non, les flammes étaient tout autour, et avant d’avancer dans cette direction, je savais déjà qu’elles ne brûlaient rien. Le fait est, le feu a disparu, nous sommes rentré…
Nous n’avons jamais revu ce phénomène.
J’ai osé en parler quelques fois, on m’a parlé d’électricité, de feux follets, de poches de gaz, d’un tas d’autres choses plus tordues les unes que les autres car il y a des gens qui s’interdisent de croire au surnaturel… Peut-être tous ceux-ci avaient-ils raison, mais je le pense foncièrement, il aurait fallu être là et voir pour juger.
La superstition, voilà un sujet qui fait parler… Je ne suis pas superstitieux, si, peut-être en bateau lorsque je naviguais, mais sinon, je passe allègrement sous une échelle, je ne crains ni les chats noirs ni le numéro 13, il vaut mieux, je suis né le 13 Juin!, et je ne pense pas que si j’allume trois cigarettes avec la même allumette cela me portera malheur. Non, je ne suis pas superstitieux et pourtant:
Cela se passait au Val Monard, près de Bernay, je sortait avec Sylvie M. que nous appelions Moraya dans la bande (Moraya, Déesse de la Nuit, Johnny Hallyday), et je vivais dans une longue bâtisse, une sorte de cité minière, qui était séparée en plusieurs logements, six si je me souviens bien. Etant donné nos réunions tardives et nos accoutrements, nous n’entretenions pas un bon voisinage avec les autres locataires qui étaient tous des vieux puisqu’ils avaient au moins atteint l’âge de la quarantaine alors que nous avions dix huit ans tout au plus!
Nous ne nous entendions pas, mais nous respections. Mon voisin directe de gauche était un ours, aussi grand, aussi gros, aussi velu. Il ne m’impressionnait pas et avait fini par ne plus m’adresser la parole contrairement à sa femme qui me rendait mon salut quotidiennement. Ce couple avait un enfant âgé de cinq ans à l’époque, nous le savions atteint d’une leucémie et j’insistais souvent, lors de ses séjours hors hôpital, lorsque je le savais chez lui, pour que nos réunions se passent ailleurs ou se terminent très tôt. Ludovic, mon petit voisin de cinq ans, m’adorait aux dépends de son père, je pense surtout qu’il appréciait nos affublements, notre look et nos motos.
Une nuit, il devait être une heure ou deux, Sylvie et moi venions de ranger notre véhicule au garage, qui se trouvait à cent mètres de la maison et nous marchions prudemment dans le sentier plus que ténébreux, l’éclairage public n’existait pas encore au Val Monard.
Nous arrivions presque à tâtons au coin de la maison lorsque brusquement, une chouette posée sur le toit poussa son triste et lugubre hululement.
« C’est signe de mort! » M’assura simplement Sylvie qui, en temps que Normande Profonde, croyait fermement à toutes ces choses.
C’est vers trois heures trente que j’aie pu entendre la maman de Ludo hurler, son père s’est mis à pleurer et le lendemain j’ai appris officiellement ce que je savais déjà, le petit Ludo nous avait quitté.
C’est vrai qu’il y a de quoi se poser des questions… c’est comme l’horoscope, peut-être que oui, peut-être que non, faut-il y croire? Je n’y crois pas, pourtant, sur l’horoscope du 15 février 1976, dans ma case Gémeaux il était inscrit ceci:
« Attention, aujourd’hui, risque d’accident! »
A treize heures trente, je passais sous les roues d’un semi remorque, une citerne, je m’en sortais avec la jambe gauche broyée! J’ai eu de la chance! Plusieurs mois d’hôpital dans le doute de savoir si j’allais garder ma jambe, et je ne compte plus les opérations dites esthétiques et les heures de rééducation. Mais j’ai ma jambe, je marche et je cours, et ce n’est plus qu’un sombre souvenir.
Bon, soyons objectif. Je pense que ce jour là, tous les gens du même signe que le mien n’ont pas subi d’accident, sinon, ça se saurait…
Par contre, et je sais pertinemment que c’est ridicule, j’ai été superstitieux en mer, et en voilà la cause.
Je pilotais le Night-Bird, un voilier de dix mètres, à la sortie du port de Ouistreham et je suivais le « Lys Bleu », le bateau de mon pote Moussy. J’apprenais doucement à naviguer, n’ayant alors que peu de notion. Je le suivais à quelques mètres seulement, il venait de me raconter des histoires invraisemblables sur les lapins et je riais encore de ses dires.
A savoir, le mot lapin est banni de tous les navires, et ce n’est pas de la rigolade. Sur un bateau on ne parle jamais de lapin! On dit « lang-lang », « pinouille »... mais jamais lapin!… sauf que je ne le savais pas et que je me moquais à outrance, hurlant le nom de ce rongeur sur mon embarcation. Je n'étais qu'à quelques mètre du Lys Bleu, je passait là tous les jours et pourtant, j’ai heurté un banc de sable et mon bateau s’est couché, comme s’il allait chavirer! Il a fallu attendre que la marée remonte pour me sortir de là à l’aide de mon spi… ce n’est pas grand-chose, mais ça marque. Je n’ai jamais rejoué à ce jeu, j’ai respecté les convictions des autres, même et surtout sur mon bateau, et cela n’a pas été plus mal!
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